MILOS
Cité antique exceptionnelle

Île dont le nom est devenu célèbre en raison de la découverte de la fameuse Vénus, Milos a pourtant bien d’autres raisons d’être admirée. Résistance héroïque à l’impérialisme athénien, ville dotée de superbes édifices en marbre, catacombes uniques en leur genre, ressources naturelles exceptionnelles exploitées depuis la préhistoire… cette petite île cycladique possède d’innombrables trésors antiques à dévoiler.

Découvrir l’île de Milos

L’île de Milos,
Trésor antique

Une île stratégique

Cinquième plus grande île des Cyclades, Milos se distingue par sa morphologie singulière, dominée par un vaste golfe naturel. Sa position stratégique sur les routes maritimes égéennes et la richesse exceptionnelle de son sous-sol expliquent son importance continue depuis la Préhistoire.

Une fondation lacédémonienne

Selon les auteurs anciens, la cité de Milos aurait été fondée par les Lacédémoniens du sud du Péloponnèse, ce qui est corroboré par le fait que les habitants de Milos parlaient un dialecte dorien, tout comme ceux de l’île voisine de Théra (actuelle Santorin). La date exacte de la fondation fait encore débat, mais elle est probablement à situer au cours du IXe s ou du VIIIe s. av. J.-C.

Parmi les premiers témoignages archéologiques révélant l’existence de la cité, on compte, outre des inscriptions funéraires et des tessons de céramique d’époque archaïque, des monnaies datant de la fin du VIe s. av. J.-C. Ces dernières arboraient déjà sur l’une de leur face un fruit (grenade ou coing), symbole de la cité – en grec ancien, mèlon signifie « le fruit » –, que l’on retrouve ensuite sur les émissions aussi bien de l’époque classique que de l’époque impériale romaine.

Sites antiques et archéologiques de l’île de Milos

(© E. Le Quéré)

Buste en marbre de Thucydide, d’après un original du début du IVe s. av. J.-C.

(© Royal Ontario Museum, n°957.159)

L’histoire mélienne

Le « Dialogue mélien »
de Thucydide

L’épisode tragique de l’histoire mélienne en 416-415 av. J.-C. a donné lieu à un passage très célèbre de l’œuvre de Thucydide (ca. 460-395 av. J.-C.), désigné sous les termes de « dialogue mélien » et discuté depuis par de nombreux philosophes et hommes politiques. Mettant en scène les stratèges athéniens et les représentants de Milos lors des pourparlers à la veille du siège, ce dialogue présente en réalité un débat idéologique au sujet de l’exercice d’un pouvoir impérial et coercitif.

Les Athéniens défendent purement et simplement le droit du plus fort comme étant une loi de la nature, position qui pourrait être qualifiée de Realpolitik et résumée en une formule restée célèbre : « la justice n’entre en ligne de compte dans le raisonnement des hommes que si les forces sont égales de part et d’autre ; dans le cas contraire, les forts exercent leur pouvoir et les faibles doivent leur céder » (Thucydide, La Guerre du Péloponnèse, V, 89-116). Les Méliens en revanche défendent le droit à la liberté et à l’autonomie, selon des considérations de morale et de justice. Ce débat ne permet pourtant pas d’aboutir à une négociation : les Athéniens maintiennent leur ultimatum – se rendre et payer un tribut à Athènes, ou être détruits – et les Méliens préfèrent risquer de s’en remettre à la chance et à l’espoir que Sparte interviendra en leur faveur plutôt que renoncer à leur liberté.

Trésors de Milos

Les sites antiques
de l’île de Milos

Topographie et plan de la ville antique

Plan de la ville antique de Milos

(© E. Le Quéré, d’après RENFREW & WAGSTAFF 1982, p. 54 et PANTOU et al. 2015, p. 4)

Aux époques historiques, le centre administratif et urbain de l’île surplombait l’entrée orientale du golfe central et connut une occupation continue au moins depuis le VIIIe s. av. J.-C. jusqu’au VIe s. apr. J.-C.

Remparts et acropoles

La ville antique de Milos était dominée par deux acropoles : l’une à l’ouest, sur laquelle se dressait un temple – remplacé aujourd’hui par l’église de Prophitis Ilias – et l’autre au nord-est, culminant à 198 m d’altitude. La ville était entourée de puissants murs de fortification, encore en grande partie visibles, conservés parfois sur une hauteur de près de 4 à 5 m, et dotés de plusieurs tours, bastions et poternes.

D’une longueur de plus de 1 800 m, ces remparts protégeaient un territoire d’une surface d’environ 15 ha, incluant les deux acropoles, l’agora, le port antique de Klima et plusieurs habitations, dont les vestiges ont été repérés essentiellement sur les pentes ouest et sud de la ville.

Remparts et tour circulaire au niveau du bastion est de la ville

(vues du sud © E. Le Quéré)

Le port antique de Klima

Le théâtre et le port antique en contrebas, aujourd’hui appelé Klima

(vue du nord-est © Adobe Stock)

Du port antique de Klima, situé en contrebas au sud-ouest de la ville, subsistent les restes de deux môles.
Les fouilles partielles du port ont également permis de mettre au jour des vestiges d’époques romaine et protobyzantine, dont plusieurs portiques et sculptures, parmi lesquelles une magnifique statue équestre.

L’agora

Entre les deux acropoles, une surface plane accueillait vraisemblablement le centre politique de la cité. En son centre se dressent les vestiges d’un imposant édifice quadrangulaire, dont la fonction reste encore inconnue.

Les fouilles menées dans ce secteur ont livré un abondant matériel d’époque romaine – incluant des portraits impériaux, des statues, des inscription honorifiques, des chapiteaux et des colonnes provenant probablement de portiques – ainsi que d’époque protobyzantine, avec notamment les restes d’une église et d’un baptistère cruciforme.

Le chemin antique (à gauche), l’agora (au centre) et l’acropole ouest (à droite)

(vue du nord-est © E. Le Quéré)

Stade et gymnase

Le stade antique

(vue du sud-est © E. Le Quéré)

Au sud-est de l’agora, étagés sur la pente de la colline, se trouvaient des édifices dédiés aux loisirs et aux spectacles. C’est dans ce secteur, lors du dégagement d’un bâtiment traditionnellement interprété comme un gymnase, que la célèbre statue d’Aphrodite fut découverte, aux côtés d’un portrait du dieu Asclépios (aujourd’hui conservé au British Museum). Des fouilles mériteraient néanmoins d’être conduites dans cette zone afin de déterminer la nature exacte de l’édifice qui abritait la célébrissime statue et son contexte.

Immédiatement au sud, un stade s’étendait sur une longueur de près de 125 m. Caractérisé par un impressionnant mur de soutènement à appareil polygonal, il était doté de gradins sur son côté septentrional.

Théâtre

Enfin, au sud de l’agora se dresse le monument emblématique de la cité : le théâtre. Partiellement dégagé dès 1836, puis intégralement fouillé et restauré entre 2010 et 2015, il fut construit au IIe s. apr. J.-C. et comptait à l’origine plus de quarante rangées de gradins en marbre blanc.

Le théâtre antique

(© Adobe Stock)

Nécropole et catacombes

Galerie centrale des catacombes

(© Adobe Stock)

Les nécropoles, utilisées dès le VIIIe s. av. J.-C., étaient situées hors les murs, à l’est et au sud-est de la ville. Dans ce secteur se trouvent également des catacombes, extrêmement rares dans le monde grec.
Creusées dans la roche, elles se composent de galeries et de salles atteignant jusqu’à 3 m de hauteur, pour une longueur conservée d’environ 200 m. Elles auraient accueilli entre 300 et 1 000 tombes, et plusieurs milliers de défunts, principalement aux IIIe et IVe s. apr. J.-C., comme l’indiquent les inscriptions, dont certaines à symboles chrétiens.

Le sanctuaire des Mystes de Dionysos

Dans la vallée au nord-ouest de la ville, un édifice a été identifié comme un lieu de réunion d’une association mystique dédiée au culte de Dionysos (IIe–IIIe s. apr. J.-C.). Il était doté d’un sol pavé d’une mosaïque remarquable et a livré plusieurs autels, reliefs et statues.

À l’est du sanctuaire, des vestiges de bains et d’un aqueduc romain ont également été repérés.

Entrée du sanctuaire des Mystes de Dionysos

(vue du nord © E. Le Quéré)

Études et recherche

L’alun de Milos

L’exploitation d’une ressource fondamentale pour l’économie et l’artisanat antiques

Programme quinquennal (2024-2028) de l’Éphorie des Antiquités Classiques des Cyclades

Directrice : Enora Le Quéré (Université de Rouen-Normandie ; GRHis – UR 3831)

En collaboration avec : Peguy Pandou (Éphorie des Antiquités Classiques des Cyclades)

Du fait de sa grande richesse en ressources naturelles, l’île de Milos a de tout temps connu une exploitation intense de ses roches et minéraux. Dans l’Antiquité, l’île de Milos fournissait essentiellement du melinum (ou melian earth), de la pierre ponce, de l’alun et du soufre, ces deux derniers minéraux étant particulièrement célèbres chez les Anciens. L’alun était utilisé dans la tannerie, dans la teinturerie, dans la fabrication des textiles et des couleurs de peinture, ainsi que dans la purification des métaux et le blanchissement des perles. On en faisait également un très grand usage en cosmétique (préparation de maquillages et de poudres diverses), en médecine et en pharmaceutique.

De si nombreux emplois faisaient de l’alun un matériau absolument indispensable pour de nombreux secteurs de l’économie et de l’artisanat antiques : il était donc intensivement exploité là où on pouvait en trouver, car il s’agit d’une ressource extrêmement rare dans le bassin méditerranéen. L’île de Milos était alors d’une grande importance stratégique pour l’accès à cette ressource naturelle, en particulier sous l’Empire romain. Néanmoins, on a longtemps sous-estimé cette particularité de l’île cycladique.

Amphore à alun de Milos datant du IIIe s. apr. J.-C., retrouvée à Novare (Piémont, Italie)

(© https://archaeologydataservice.ac.uk, d’après QUIRI & SPAGNOLO GARZOLI 2015)

Ce programme vise donc à faire une synthèse sur l’exploitation de l’alun à Milos dans l’Antiquité : de son extraction, en passant par sa transformation et son exportation.

Grâce aux nombreuses fouilles et prospections archéologiques effectuées sur l’île depuis les années 1970, plusieurs dizaines de sites d’exploitation et d’ateliers de transformation de l’alun ont été mis au jour, en particulier dans le sud-est de l’île, aux abords des baies de Paliochori et d’Aghia Kyriaki.

Il s’agit de reprendre l’ensemble de la documentation archéologique disponible concernant ces sites (archives, plans, photographies, carnets de fouilles, etc.) et d’étudier tout le matériel associé, comprenant en particulier des dizaines de milliers de tessons de céramique recouverts de cristaux d’alun, des immenses jarres (pithoi), de grandes bassines en terre cuite de formes et tailles diverses (lékanai) et de très nombreux fragments d’amphores ou  des amphores complètes. Le tout est consigné dans une base de données associée à un Système d’Information Géographique (SIG).

Les objectifs de ce programme sont triples :

D’un point de vue de l’histoire et de l’archéologie des techniques : un des problèmes encore non résolus à ce jour est de savoir sous quelle forme l’alun de Milos se trouvait à l’état naturel, sous quelle forme il était commercialisé, et quelles étaient les étapes de sa transformation. Le matériel retrouvé dans les ateliers antiques de l’île permet en effet de comprendre qu’il y avait un long processus de transformation de ce minéral, qu’il reste à étudier en détail. Par ailleurs, comme il était transporté dans des amphores, cela signifie que l’alun était commercialisé sous une forme plus ou moins liquide.

– D’un point de vue du système d’exploitation local, en lien avec l’histoire sociale et économique : Qui étaient les propriétaires des ateliers ? Qui tirait profit de l’exploitation de cette ressource ? Certaines bassines et amphores portent des timbres (c’est-à-dire qu’on y a imposé une ou plusieurs marques avant cuisson à l’aide d’un cachet) désignant des noms propres d’individus, qui sont tous des noms romains (sur une île grecque !). Il s’agit probablement de la marque de propriétés privées d’exploitation de l’alun, qui aurait été, pour tout ou pour partie, au profit de Romains. Mais toute l’étude reste à faire.

– D’un point de vue de la commercialisation et de la circulation des produits : L’alun de Milos était destiné au commerce, comme le prouvent les amphores, dont il reste à faire entièrement la typologie. Des amphores de Milos ont été retrouvées dans l’ensemble du bassin méditerranéen, y compris dans le sud de la France, dans le nord de l’Italie, ou encore à Chypre et à Alexandrie en Égypte. Il s’agira donc de comprendre la chronologie et l’ampleur de ce phénomène de commercialisation, ainsi que l’usage qui était fait de l’alun de Milos sur les sites d’importation.

Col d’amphore à alun de Milos datant du IIe s. apr. J.-C., retrouvé à Vercelli (Piémont, Italie), portant le timbre TI CLAVDI SOSISTRATI, pour Ti(berius) Claudi(us) Sosistratus

https://archaeologydataservice.ac.uk,
d’après BRECCIAROLI TABORELLI 1987)

Sources & publications

Ruines du théâtre de Milos. Gravure issue du récit de voyage du Comte de Forbin

(© Forbin 1819, pl. 1)

Sans aucune prétention à l’exhaustivité, vous trouverez ci-dessous quelques références sur :

les voyageurs qui, depuis le XVe siècle, ont visité les Cyclades. Ils nous ont transmis des récits de voyage et souvent également de superbes gravures et aquarelles, livrant des informations aussi bien sur les vestiges antiques des îles que sur la vie quotidienne et les mœurs cycladiques à l’époque de leur passage. Nous n’avons mentionné ici que ceux qui sont passés par Milos ;
l’histoire et l’archéologie des Cyclades, de la Préhistoire à l’Antiquité tardive ;
l’histoire et l’archéologie de Milos, comprenant également de la bibliographie sur les sites et monuments antiques, la culture matérielle de l’île (céramique, épigraphie, numismatique, sculpture) ou encore ses ressources naturelles et leur exploitation dans l’Antiquité.

L’association philomilos

Association des amis de l’histoire
et de l’archéologie de Milos

Objectifs :

Cette association a pour but :

– d’encourager les études historiques et archéologiques sur l’île de Milos, ainsi que les recherches et la publication de travaux sur l’histoire, l’archéologique et le patrimoine méliens ;

– de mener des actions dans les domaines de la recherche scientifique et de la valorisation du patrimoine à Milos ;

– de contribuer à la connaissance de l’histoire, de l’archéologie et à la sauvegarde du patrimoine de cette île.

À ce titre, elle pourra œuvrer à l’étude sur le terrain réalisée par ses membres ou par des collaborateurs, et à la publication de certains des travaux produits en son sein, également par ses membres ou des collaborateurs.

Le conseil d’administration :

Le conseil d’administration est actuellement composé de quatre membres :

Président : Mattéo LÉPÉE

Vice-président : Alexandre VIAL

Secrétaire : Chloé BECHEMIL

Trésorière : Enora LE QUÉRÉ

Membres et cotisations :

– Sont membres adhérents ceux qui ont pris l’engagement de verser une cotisation annuelle de 5 euros.

– Sont membres actifs ceux qui ont pris l’engagement de verser une cotisation annuelle de 10 euros.

– Sont membres bienfaiteurs ceux qui acceptent, afin de soutenir financièrement l’association, de verser une cotisation annuelle supérieure à 10 euros ou d’adresser régulièrement des dons à l’association.

– Sont membres d’honneur ceux qui ont rendu des services importants à l’association ; ils sont nommés par l’assemblée générale à la suite de services rendus et sont dispensés de cotisation.

Pour adhérer : 

Pour adhérer à notre association, vous pouvez télécharger le bulletin d’adhésion ci-dessous, et le renvoyer dûment rempli à l’adresse suivante : philomilos1@gmail.com

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